Mes Divines Débauches.

Pourquoi ce livre, peut-on dire que la part autobiographique est prépondérante?

Marc Menant: Ah que oui! Je déballe ici tous les fragments de ma vie qui ont affiné ma personnalité. Le destin nous façonne à petites touches, et c'est seulement notre capacité à nous couper des diktats culturels, notre courage d'échapper à la norme, qui permettent de germer et fleurir notre potentiel intrinsèque.

Pourquoi, dès lors, avoir écrit une grande partie de Mes divines débauches à la troisième personne?

MM: J'ai placé un narrateur pour ne pas sombrer dans la boursouflure de l'ego, pour éviter cet exercice narcissique qui perd parfois l'auteur dans le ragot de sa propre histoire. Le narrateur, c'est la distance nécessaire - se placer en observateur - donc aiguiser son esprit critique ... Et puis, cela favorise les accélérations narratives. Tous les contours et les détours d'une vie n'ont pas valeur émancipatrice, la plupart se résument à des badineries inconsciemment flatteuses. Enfin, raconter son histoire, c'est forcément mettre en scène des gens aimés, prépondérants, qui méritent le respect. Il n'était pas question de les exhiber; c'est là un devoir d'intimité.

D’où vous vient ce style volontiers rabelaisien ?

MM: Les mots sont reflets de vie, et moi j'aime le bouillonnement, la densité ... Pour moi, les phrases doivent jaillir comme un torrent! Les mots roulent sous la langue chantent, rameutent l'énergie. Ivresse du verbe ... Je me ramifie à ce goût de la rhétorique initié par nos Pères les Grecs. Rassurez-vous: je ne me prends pas pour Platon ou Aristote, me range modeste philosophe de bistrot.

Mes Divines débauches : les termes du titre sont paradoxaux.

MM: La débauche s'affirme divine dès lors qu'elle flambe à la transcendance des sens. L'extase nous coupe des lois de Newton, nous propulse dans cette supra dimension où plus aucune référence à la matière n'existe, c'est là que je jalouse les femmes, elles qui enchaînent à l'envi les fracas dans l'éther. Déesses naturelles, les femmes! Elles m'obsèdent depuis ma prime jeunesse, depuis cette pharmacienne flamboyante qui déambulait dans les rues de mon village de naissance, jusqu'à celles qui m'ont honoré d'une étreinte et même accordé, parfois, le pur amour. Et puis il y a la Déesse des Déesses, celle qui m'a entourloupé, placé pendant six années hors des contingences du quotidien. Avec elle, chaque seconde était éternité. Elle, sans aucun doute l'héroïne de ce livre, l'aboutissement de cette dissidence naturelle amorcée et « militée» depuis ma tendre enfance.

Ce roman, que doit-il à l’esprit de notre époque, à son atmosphère ?

MM: J'observe actuellement un retour en force des instances morales virulent dans le cas des intégrismes plus diffus mais non moins réel quand on considère notre fonds culturel judéo-chrétien. Ces forces morales infiltrent les esprits, et cela, en dépit de l'illusion d'un débridement des moeurs. On n'échappe pas à la théâtralisation de la débauche, elle s'étale jusque sur les murs à travers la publicité. Mais au-delà de ce débraillement un ressac de pudibonderie nous submerge! Pour s'en convaincre, il suffit de faire un détour par ces temples de la dissidence des moeurs que sont - ou devraient être - les boîtes à partouzes. Point ici - ou très rarement - de grandes sarabandes des sens, même pas le vulgaire échangisme, non, on s'affriole au « mélangisme », c'est-à-dire à l'étreinte du couple attisée par les regards voyeurs.

Serait-ce un manifeste que vous avez souhaité écrire ?

MM: C'est un manifeste. Un manifeste qui dépasse ce contexte d'époque. Une nécessité jaillie des profondeurs, nécessité de clamer haut et fort mon appartenance à ce courant de libération né au XVIIe siècle: celui des libertins ...

Marc Menant libertin ?

MM: Je le revendique, mais avec une poétisation, une mystique de la sexualité en rupture avec le principe orgiaque, fi des libations, tournicotage du crâne à l'alcool, je revendique la pratique d'une véritable ascèse, en vue d'atteindre la pure jouissance: l'explosion digne du big-bang!